E n i g m e
E c h é a n c e s__e t__d é c h é a n c e
______C'est le mois de Mars, les rues sont désertes. Les écoliers ont repris le chemin de l'école depuis quelques jours et les vacances de neige ne sont plus qu'un vague souvenir. Les touristes n'ont pas encore envahi les rues de la capitale, ils le feront aux premiers rayons du soleil.
Il est 15 heures. J'erre le long des boulevards, vidés de leurs âmes, sur les places désertes et les avenues abandonnées. J'arpente tranquillement les rues.
Je remonte le boulevard de Bellevile. A pas lents. Un brouillard épais c'est abattu sans prévenir. Je ne peux voir que la route, un peu en mauvais état d'avoir trop servi. Elle s'est usée par les va-et-vient incessants des automates qui ont foulé ses pavés. J'avance. A pas lents.
Le ciel arbore une couleur proche du violet, tantôt clair tantôt foncé selon la luminosité.
Personne devant, personne derrière moi. Je me sens un peu seule. Le quartier semble s'appauvrir autant en âmes qu'en maisons. Aucun toit d'habitation ne se distingue, je regarde droit devant moi. J'entreprend alors de me rendre jusqu'à la gare Montparnasse. Je n'aime guère la solitude. Je la déteste même.
*
______Depuis que j'ai perdu mon compagnon de route qui n'a pas survécu à des dettes trop lourdes à rembourser, j'ai du mal à m'orienter. Ma route vers une fortune toute neuve me paraît longue et emplie d'embûches.
Il n'y a encore pas si longtemps, je me vantais alégrement de possèder deux maisons bien situées dans la ville de lumière. Hélas, les impôts, auxquels je n'avais pas pensé, par insouciance et par manque de sens de l'économie, avaient eu raison de la quasi-totalité de mes derniers. J'avais cru trouver en mon compagnon, d'abord de fortune et d'infortune ensuite, un allié de choix, sincère et combatif. Hélas la terrible réalité du capitalisme a eu raison de lui. Et moi, je dois poursuivre ma route. A pas lents. Moi qui n'ai plus personne sur qui compter.
*
______Les règles de cette société m'apparaîssent tels des vautours prêts à saisir leur proie. Et à nimporte quel prix. Pas d'alliance envisageable, pas de compromis possible, pas d'arrangement prévu au contrat.
Je ne peux m'empêcher de me souvenir de cette vie faite d'opulence où la chance m'attendait à chaque coin de rue, à chaque naissance de boulevard. Aujourd'hui, tout est différent.
Le sort s'acharne sur moi. Mais je me suis promis de tenir bon!
J'espère voir le bout du tunnel. Mais il me faut me battre seule. Je le sais pour l'avoir vécu récemment.
Après le départ de mon compagnon, j'ai été condamnée pour ivresse et ensuite pour excès de vitesse. Moi qui ne buvait il il n'y a encore pas si longtemps que des jus de fruits, et des cocktails colorés et non alcoolisés, j'ai été sommée de payer une amende de 300 euros et surtout de ne pas recommencer. Chose que j'ai promis sans vraiment y croire...
Et ce ne fut que le début d'une longue liste de déboires. Hormis la fonte comme neige de mon compte bancaire, le départ prématuré de mon ami, mon alcoolisme, les facures impayées (relatives à des travaux dans ma maison et à différentes assurances) ainsi que les dettes concernant les soins hospitaliers m'ont conduite tout droit en prison (même les frais de scolarité de mon fils me parraissaient une somme énorme). Je n'y ai fait qu'un bref séjour, mais je m'en souviendrai longtemps.
Je n'en aime que d'avantage ma liberté retrouvée. Et même si je marche dans le brouillard des rues et de ma vie, je me sens bien...en sursis, mais bien.
*
______Je sais que je peux quitter ces boulevards d'un moment à l'autre, sombrer définitivement, mais je m'accroche. J'attend le moment où, par un heureux hasard, je retrouverai un peu de ma vie d'avant. Je vois maintenant un hôtel luxueux, qui s'érige devant mes yeux fatigués. Oui, j'en connais la propriètaire. Cette ariviste, je sais qu'elle veut ma chute, une déchéance lente et sans retour. Je la devine se délecter de sa victoire sur moi. Elle connait mes soucis mais, bien évidemment, elle ne me tendra pas la main. Au contraire. Elle contemple ma décadence, prie pour qu'elle s'accélère.
Cette femme possède tout ce qu'une créature peut éspèrer: la beauté, l'intelligence et la richesse. La chance lui sourrit à chaque pas.
*
______J'ai entendu dire qu'elle avait récemment gagné un concours de beauté organisé par le Tout-Paris A moi aussi, cela aurait pu arriver. Je lui reconnais aussi une belle intelligence. Cette femme est un fin stratège et investit toujours à bon escient.
Heureusement qu'un bel héritage lui a permis de faire quelques placements rentables, sinon elle aurait pu se retrouver sans le sou.
Je ne suis pas amère. Je sens son parfum flotter tout près de moi. Je sais que ma fin approche. J'avance. A pas lents. Je promène mes yeux sur les rues qui entourent et me rejettent. Je sais que je n'aurai pas le loisir d'emprunter le boulevard St Michel, ni même le faubroug St Honoré.
Qu'il est beau cet hôtel avec son architectureétrange et sa couleur écarlate.
Mauvais pioche. Je regarde une dernière fois mon porte-monnaie. Il est vide.
P o u r q u o i__l a__j e u n e__f e m m e__n ' e s t__-__e l l e__p a s__r é e l l e m e n t__r u i n é e ?
J'attend vos propositions!!!
SOLUTiON :
Malgré son séjour en prison, ses factures impayées, sa malchance, les impôts, elle peut éspèrer à son tour possèder très bientôt des hôtels ou gagner un concours de beauté.
Il lui suffit de commencer une nouvelle partie de Monopoly !!